【L’esprit des Ryukyu】Édition spéciale (Octobre 2026) 「Adaniya Seisuke Sensei : rencontre avec un autre pionnier du Karaté d’Okinawa en France…」

Interview/Textes: Daniel Mardon
Photographe/traductrice: Yuko Takahashi
Daniel Mardon, « Le Karatéka-Thérapeute »
Physiothérapeute et pratiquant de longue date, Daniel Sensei vit à Okinawa. Avec son épouse Yuko Takahashi, elle aussi thérapeute et historienne du karaté, sa passion est de dénicher des Dojo uniques, dotés d’une forte personnalité. Ensemble, ils nous font découvrir les faces cachées du Karaté d’Okinawa à travers cette série d’articles dédiés à l’esprit originel de l’art.
L’histoire du Karaté d’Okinawa en France
Malgré la forte présence du Karaté JKA, la France a un lien discret mais très profond avec Okinawa depuis la fin des années 1970. Quatre maîtres ont marqué le pays. Tout commence par l’enracinement en 1976 de deux experts du style Shorin-Ryu : Maître Chinen Kenyu et Maître Adaniya Seisuke.
Dix ans plus tard, une seconde génération arrive avec Maître Oshiro Zenei (Goju-Ryu) et Maître Shimabukuro Yukinobu (Uechi-Ryu). Après avoir dédié deux articles au Maître Chinen, ce mois-ci nous explorons la méthode de Maître Adaniya Seisuke sous un angle thérapeutique.
Sa contribution à la recherche du geste juste et de l’alignement corporel offre un modèle remarquable de pratique martiale durable. Pour les thérapeutes et les créateurs de méthodes de longévité par le karaté, sa philosophie est une validation historique précieuse ; le karaté peut et doit être un art de préservation du corps.

“Connexion Corporelle” with Adaniya Seisuke Sensei
Parcours de Maître Adaniya Seisuke
Adaniya Seisuke Sensei est né en 1949 à Itoman, dans un-Okinawa encore marqué par la guerre et sans grandes ressources. À 14 ans, il commence le karaté pour devenir plus fort, car c’était une activité que l’on pouvait pratiquer sans aucun matériel.
En 1976, à 27 ans, il arrive en France avec son 4e Dan, obtenu auprès du célèbre Nakazato Shūgorō Sensei (1920-2016). Fidèle à ses racines, il retourne à Okinawa tous les deux ans. Il y obtient son 8e Dan à 55 ans. En France, affilié à l’unique fédération officielle (FFKAMA), il reçoit le grade de 9e Dan. « Je pensais rester deux ou trois ans, et finalement je suis toujours là », sourit-il. En 1987, il fonde le Nippon Budo Club à Paris, son dojo central. Depuis, il voyage partout pour transmettre son art et dirige aujourd’hui un réseau d’environ treize dojos.




Kata “Hakkaku-ni” par Adaniya Sensei
Aromapressure® Healing Dōjō
En tant que spécialistes du corps à Okinawa, nous avons créé un concept qui mélange « karaté-santé », « karaté-séniors » et « karaté anti-âge ».
C’est avec cette vision scientifique et thérapeutique que nous analysons la technique et l’esprit qui se dégagent de la pratique de nos invités.
Depuis longtemps nous voulions rencontrer un Maître qui place la structure corporelle au centre de sa démarche et c’est exactement ce que fait Maître Adaniya.
Même s’il ne se revendique pas professionnel de la santé, son travail corporel est exceptionnel. Lors de son récent passage à Okinawa, nous l’avons invité avec son épouse Chantal et ses élèves dans notre école Aromapressure® afin de partager nos techniques.
Leur méthode est très pratique, basée sur le ressenti du mouvement. La nôtre est plus théorique et universitaire.
Cet échange unique a permis de croiser nos deux mondes.
Avertissement : Une seule journée d’échanges ne suffit pas à résumer la complexité d’une méthode. Cet article ne prétend donc pas analyser le système de « Connexion Corporelle » développé par Maître Adaniya et son épouse Chantal. Notre objectif est simplement d’étudier certaines dynamiques du mouvement selon les critères neuro-physiologiques de notre propre méthode (Aromapressure® et Karaté-santé). C’est notre vision thérapeutique de la posture qui est ici mise en lumière, en s’appuyant sur les points de convergence évidents qui nous rapprochent de leur pratique.

At Aromapressure® Healing Dōjō


Le cours commence avec Kihon et Kata
L’alignement du corps et le relâchement : entre tradition et science
Dans l’enseignement d’Adaniya Sensei, l’expression « alignement articulaire » est centrale.
Pour en saisir la profondeur, je préfère utiliser le terme japonais : Rendō (連動), qui signifie « mouvement connecté ou en chaîne ».
Notez que le terme Tsunagi, parfois employé dans les dojos, est ici un contresens linguistique puisque, en japonais, il désigne plutôt un liant culinaire ou une combinaison de travail (salopette).
Pour nous, thérapeutes et experts en physiothérapie, le Rendō correspond à une véritable connexion globale de tout l’organisme. C’est une approche thérapeutique de la posture qui permet de transférer l’énergie sans déperdition, libérant ainsi une force maximale tout en protégeant les articulations grâce à un relâchement contrôlé.
Ce relâchement martial est pourtant trop souvent confondu avec de la mollesse ou un corps « affalé », ce qui constitue une grave erreur d’interprétation.
En physiologie, le vrai relâchement décrit précisément l’absence de co-contraction antagoniste parasite ; les muscles qui ne servent pas directement à l’action restent au repos afin de libérer totalement l’onde cinétique. Loin de toute rigidité, cet alignement dessine une posture droite et intensément vivante.
En gardant la tête haute et droite, le cou ne penche pas en avant, ce qui, sur le plan médical, évite de coincer les nerfs et les vaisseaux sanguins le long de la colonne vertébrale.
C’est précisément cette verticalité parfaite qui libère et aligne les chaînes ganglionnaires sympathiques.
En évitant cette compression mécanique, qui mettrait immédiatement l’ensemble du corps sous tension nerveuse et favoriserait l’anxiété, la posture stimule subtilement le nerf vague.
Ce basculement neuro-végétatif vers le système parasympathique permet de réguler la décharge d’adrénaline et favorise alors l’émergence d’ondes alpha, plongeant le karatéka dans un état de calme attentif et de vigilance pure. Cette architecture subtile, qui est d’ailleurs la posture historique de toutes les armées du monde, permet à la tête d’agir comme une vigie tandis que le corps reste totalement fluide et rapide pendant le déplacement, avant de se verrouiller comme un bloc de béton à la fraction de seconde où le coup impacte la cible.

Sensei teste l’efficacité des techniques
L’art du positionnement : anatomie des erreurs courantes
Pour bien comprendre les bienfaits de cet alignement, il est intéressant de le comparer aux erreurs de posture si courantes dans le karaté moderne.
Là où Okinawa recherche l’ harmonie et la protection du corps, la pratique contemporaine souffre trop souvent de positions mauvaises pour la santé.
La première grande différence concerne le bassin et la colonne vertébrale. Les styles modernes imposent souvent une cambrure excessive du dos ou, à l’inverse, effacent les courbes naturelles de la colonne. Cela crée des microtraumatismes répétés sur les disques lombaires.
À l’école Aromapressure®, nous enseignons plutôt à préserver ces courbes naturelles grâce à une bascule subtile du bassin (rétroversion), qui verrouille la structure sans jamais la bloquer.
Il en va de même pour les épaules et la cage thoracique. Trop souvent, les pratiquants figent le haut de leur corps dans une tension permanente, haussant les épaules et barrant leur respiration en haut de la poitrine.
L’approche d’Okinawa, elle, demande d’abaisser les omoplates et de relâcher les trapèzes. Cela libère totalement le mouvement du bras et permet une respiration abdominale profonde.
Enfin, la gestion des appuis au sol sépare le karaté qui détruit le corps, du karaté de longévité. Les positions excessivement basses et rigides, utilisées pour l’esthétique en compétition, exercent des forces de cisaillement dramatiques sur les genoux et les chevilles. Elles imposent de violentes torsions mécaniques à l’articulation coxo-fémorale (la hanche), usant prématurément les cartilages. Il en est de même pour les genoux…
La tradition d’Okinawa préfère des positions plus hautes, naturelles et dynamiques. En alignant l’axe du genou avec la direction des orteils, le pratiquant protège et préserve l’articulation coxo-fémorale de toute usure prématurée. Les jambes deviennent alors de vrais amortisseurs biologiques capables d’utiliser la force du sol.




Sensei corrige positions et postures
La mécanique du Chinkuchi face aux dérives du Kime moderne
C’est précisément au moment de l’impact que s’active le Chinkuchi (チンクチ). Ce terme ancien d’Okinawa désigne la coordination finale du geste. Il ne faut pas le confondre avec la connexion corporelle globale. Le Chinkuchi intervient à l’ultime milliseconde. Il représente la capacité à verrouiller instantanément le squelette et les muscles au moment de la frappe, sans jamais bloquer son souffle ni se raidir à l’avance.
Anatomiquement, ce concept utilise le grand groupe musculaire qui entoure l’omoplate (le grand dorsal et les muscles de l’épaule). Son but est de créer une synergie parfaite pour laisser circuler une vague de force qui part des orteils pour jaillir jusqu’au poing.
C’est ce principe de synchronisation que l’on active à l’ordre traditionnel : « Chinkuchi wo kakero ! » (engagez le Chinkuchi !). Cette maîtrise parfaite s’illustre scientifiquement dans le « Ichi-sun tsuki » (le coup de poing à un pouce de distance de Bruce Lee) ou dans le « Go-sun tsuki » ( cinq pouces) de Maître Higa Yuchoku.
Ce concept permet d’ailleurs de corriger une erreur historique tenace, très répandue en France, où l’on confond souvent le Chinkuchi avec le Kime moderne en pensant qu’il s’agit de force musculaire pure. En réalité, le mot Kime signifie plutôt « pose » ou « pause ». Il ne désigne à l’origine que le verrouillage final combiné à l’explosion de la force.
Malheureusement, cette pause, qui devrait être ultra-brève, est aujourd’hui exagérée dans les katas modernes pour devenir une simple « pose photo ».
La tradition d’Okinawa exige une solidification réflexe immédiate qui garantit l’efficacité du coup sans effort inutile, suivie d’un relâchement instantané dès que la force a été transmise.


Le cours reprend
De la théorie à la pratique : le rôle du Gamaku dans le coup parfait
Pour comprendre comment cette approche s’oppose point par point aux dérives modernes, il faut observer la dynamique et la chronologie d’un coup de poing authentique d’Okinawa. C’est ici que réside le véritable secret : la puissance de rotation ne provient pas d’un pivotement forcé et traumatisant des hanches, mais de l’engagement du Gamaku (ガマク).
Le Gamaku désigne cette sangle abdominale profonde et la structure musculaire qui enveloppe le tronc juste au-dessus du bassin. C’est cette force interne qui génère l’énergie de torsion sans jamais violenter l’articulation coxo-fémorale.
Tout commence par un calme absolu. Le bras pend, lourd et relâché comme une corde détendue. Les muscles sont décontractés, le sang circule librement, aucune énergie n’est perdue.
Puis vient le départ… L’impulsion naît du pied arrière qui pousse le sol. Cette force ascendante est immédiatement reprise et propulsée par le Gamaku, qui verrouille et fait pivoter le centre de gravité en protégeant les articulations. L’épaule s’avance, et le bras ne fait que suivre, projeté vers l’avant. Durant ce trajet, le bras agit comme un fouet fluide où il fend l’air à vitesse maximale tandis que la main reste totalement détendue.
C’est à l’impact que tout change. À la fraction de seconde où le poing touche la cible, les doigts se verrouillent. Sous l’action combinée du Gamaku et du Chinkuchi, le fouet se transforme en un bloc de béton armé. Tout le corps se fige par réflexe pour transférer l’onde de choc directement dans la cible, avant de se relâcher instantanément.
Quand j’utilise le terme “figé”, je fais référence à cet infime instant d’ancrage absolu propre au Chinkuchi. Il s’agit de la contraction isométrique brève et simultanée de toutes les chaînes musculaires nécessaires pour transmettre la puissance. C’est le fameux effet “béton” instantané. Contrairement au Tai-Chi ou aucune contraction n’existe, le Karaté implique un impact et nécessite donc une contraction finale (même millisecondaire) pour verrouiller la puissance. Ceci est indispensable, sinon l’onde de choc se dissiperait dans les articulations du frappeur.

Chantal Adaniya est très impliquée dans la méthode et voit tous les défauts de ses élèves

Chantal Sensei expliquant que la tête doit rester érigée sans extension du cou
La respiration optimum : le secret du kiai
Dans cette biomécanique, la respiration est le ciment indispensable qui transforme instantanément le fouet en béton. Elle doit s’accorder parfaitement sur le tempo du mouvement. Durant la phase de déplacement, le karatéka maintient une inspiration ou une apnée détendue pour préserver sa légèreté. Bloquer son souffle ou se contracter dès le départ ruinerait immédiatement la vitesse du geste.
L’expiration explosive intervient uniquement à l’impact ; en expulsant l’air d’un coup sec par la bouche… Qu’il s’agisse d’un son court ou d’un sifflement rapide, le pratiquant déclenche un réflexe mécanique crucial. Cette expiration flash contracte instantanément la sangle abdominale. Les abdominaux ainsi durcis relient le haut et le bas du corps en une seule structure solidaire, garantissant une transmission de force pure, sans aucun recul destructeur pour les articulations.
À noter qu’il me semble toutefois exister ici une légère divergence de perspective entre nous et les tenants de la « Connexion Corporelle ». Leur approche consiste en effet à préconiser une respiration abdominale strictement « normale » et linéaire, en bannissant systématiquement l’expiration forcée ou explosive.
Si je suis le premier à dénoncer les excès des expirations surjouées et des kiai théâtraux, une évacuation d’air vive et contrôlée demeure, à mon sens, une nécessité physiologique absolue au moment de l’impact. Le karaté de percussion se distingue ici du Tai-Chi. J’admets bien sûr l’existence d’autres théories, plus intuitives, qui échapperaient à mon approche strictement cartésienne et anatomique du mouvement.
Bien que certains Ryū d’Okinawa intègrent des dynamiques d’inspiration spécifiques, la quasi-totalité des traditions martiales s’accorde sur le fait qu’un flux d’air dynamique est indispensable pour sceller l’impact.

Le test du “coude-lourd”
L’épreuve de vérité : la feuille de papier suspendue
Pour faire ressentir ce relâchement et la fulgurance de l’impact à nos étudiants, nous utilisons un exercice traditionnel d’une simplicité redoutable : la feuille de papier suspendue. Il suffit de laisser pendre une feuille A4 à un fil, à hauteur de poitrine. Le piège classique du débutant ou du costaud, consiste à serrer le poing dès le départ. Ses muscles contractés vont alors pousser l’air devant eux, et la feuille va simplement s’envoler et s’écarter avant même d’être touchée. Pareil avec le test de la bougie où je me fais encore parfois ridiculiser face à Yuko ou à de frêles “Karatékates”…
La réussite de l’exercice exige d’adopter la logique du fouet-béton. Placé devant la cible, le pratiquant garde la main ouverte et le bras lourd, puis le lance avec une totale décontraction. Ce n’est qu’au moment précis où les phalanges effleurent le papier que le poing se ferme et que l’expiration sèche retentit. Si le timing est scientifiquement exact, la feuille ne s’envolera pas; elle sera nette, déchirée ou transpercée par l’onde de choc de la vitesse.

Chantal et Seisuke Sensei démontrent une immense passion
L’éducation médicale du guerrier :
quand la visualisation scientifique surclasse la sensation
Dans la transmission moderne des arts martiaux, un dogme presque sacré consiste à pousser l’élève à rechercher la « sensation ». Pourtant, au sein de la méthode Aromapressure®, nous affirmons une vérité qui bouscule ces idées reçues : la sensation n’est pas la visualisation. Contrairement à ce que son nom suggère, la sensation n’est pas une expérience purement physique ; elle s’avère bien souvent émotionnelle, changeante et floue.
À l’inverse, la visualisation, bien que mentale, entretient un contact direct avec la réalité physique de l’anatomie.
Pour devenir le véritable pilote de sa machine corporelle, le karatéka doit d’abord comprendre comment son corps fonctionne sur le plan anatomique et physiologique. Le mental doit avoir l’humilité d’apprendre la science de la maison dans laquelle il habite avant de prétendre lui commander quoi que ce soit.
Demander à un pratiquant ce qu’il ressent, comme le font spontanément la majorité des enseignants, le laisse souvent face à ses propres limites cognitives. En l’absence de repères médicaux précis, le ressenti demeure subjectif et approximatif. C’est pourquoi notre démarche privilégie une éducation livresque, rigoureuse et anatomique. Avant d’exécuter un mouvement de karaté ou de recevoir un soin thérapeutique, l’élève ou le patient doit comprendre scientifiquement la structure de son propre corps.
Cette approche qui utilise la raison bouleverse profondément l’apprentissage en faisant basculer le pratiquant de la simple sensation vers une visualisation positive et documentée. Au lieu de chercher à deviner une sensation mystérieuse, l’élève instruit visualise l’action biologique exacte de son mouvement.

Séance de thérapie passive

La recherche de l’œdème, le cœur du diagnostic en lymphologie


Ajustement des hanches
Les lois de la physique au service de la longévité
Au terme de cette analyse, les ingénieurs en physique nous rappelleront fort justement qu’il n’y a là rien de nouveau sous le soleil et que tout est une question de « polygone de sustentation » et de son déplacement. Le corps humain obéit à une règle implacable : il perd l’équilibre dès que la ligne verticale passant par son centre de gravité (situé juste à l’avant du sacrum) s’échappe de sa surface d’appui au sol. Qu’il s’agisse de projeter un coup de pied, surtout si la souplesse fait défaut, ou de se jeter en avant dans une attaque, le fessier trop en arrière ou exagérément en avant déplace ce centre de gravité de manière dangereuse. C’est pour rattraper ces déséquilibres permanents que nous nous tortillons inconsciemment, y gaspillant une quantité phénoménale d’énergie.
Lors de notre rencontre, Chantal et Adaniya Sensei ne m’ont pas lâché d’un pouce, me coachant manu militari à la moindre perte de verticalité. Ce fut un exercice épuisant mais d’une richesse incroyable. Ils n’ont manifesté aucune pitié pour mes deux prothèses de hanche ni pour mon arthrose multiple, me rappelant fermement que la faute ne tenait qu’à mon propre manque de vigilance. Dans cette quête, le cou et la tête étirés vers le plafond jouent précisément ce rôle de vigie parfaite pour verrouiller la posture.
Pour être tout à fait honnête, l’autre petit point de désaccord que j’ai eu, réside dans cette frontière subtile entre le centre de gravité et le Tanden.
Là où les enseignants d’arts martiaux préfèrent parfois préserver le mystère de cette notion traditionnelle, je me fais un point d’honneur, en tant que thérapeute, d’expliquer scientifiquement ce que l’œil clinique y voit. Ce n’est pas une contradiction, mais une question d’angle…
Là où la biomécanique mesure une coordonnée géométrique fixe située juste à l’avant du sacrum, le karatéka, lui, ressent et pilote un centre dynamique. Je dirais que le Tanden est finalement le centre de gravité conscientisé par la visualisation et la respiration, permettant de diriger instantanément sa masse au-dessus du polygone de sustentation. »
Le triangle du pied : secret de la proprioception consciente
Pour le travail de proprioception qui constitue le cœur de mon Karaté-santé, je m’étais profondément penché ces dernières années sur la science des appuis du pied, une expertise si bien développée à l’origine par le Gojū-Ryū de Miyagi Chōjun, mais aussi par Maurice Béjart pour la danse classique. L’observation clinique nous rappelle que les trois appuis du pied forment un triangle parfait entre le calcanéum au niveau du talon, la tête du premier métatarsien (à la base du gros orteil), et celle du cinquième métatarsien. Cet ensemble dessine trois arches (interne, externe et transversale antérieure) qui, lorsqu’elles sont correctement équilibrées, font littéralement ventouse avec le sol. D’où la comparaison avec le Gecko d’Okinawa.
Cette expérience m’amène à une conclusion ferme : la proprioception consciente est le pivot absolu de la rééducation de l’équilibre. Le travail mécanique et répétitif du karaté, lorsqu’il est exécuté sans conscience, n’est qu’un leurre. C’est précisément pour cette raison que nous sommes si souvent déçus en découvrant nos propres mouvements à la vidéo.
Le mot de la fin
Un grand merci pour cette visite amicale au Maître Adaniya Seisuke et à son épouse Chantal, aussi talentueuse que passionnée, ainsi qu’à leurs excellents élèves, parmi lesquels Valérie Petit, praticienne de médecine orientale, et Bruno Méal, docteur en pharmacie. Dans cette quête perpétuelle d’efficacité, notre objectif reste commun : exploiter les lois de la physique par le biais de la biomécanique pour générer une force supérieure. Cependant, il convient de bien distinguer nos outils.
Pour résumer et assembler toutes les pièces du puzzle : Rendō, Chinkuchi et Muchimi
- Rendō, c’est le perfectionnement du châssis, de la structure globale.
- Chinkuchi, c’est le moteur. C’est cette capacité neuro-musculaire à mobiliser les chaînes musculaires dans un ordre chirurgical, permettant de synchroniser harmonieusement les postures, les déplacements et les segments pour délivrer toute la puissance à l’impact.
Ce contrôle postural et cet alignement articulaire parfait s’obtiennent par le “Datsu ryoku”, cette recherche de l’effort minimal qui exige un relâchement complet pour mieux se recentrer. Pour les seniors, le Muchimi (ce mot okinawaïen qui désigne l’utilisation du corps comme un fouet fluide) s’impose comme une option moins martiale, infiniment mieux adaptée à la préservation des tissus.
Notre démarche vise à réunir ces principes autrefois séparés en faisant de la conscientisation, de la proprioception et de la kinesthésie les véritables piliers de notre méthode. En effet, une contrainte mécanique excessive mène trop souvent de nombreux pratiquants droit à la prothèse de hanche. C’est là que la correction anatomique apportée par le karaté d’Okinawa devient salutaire. Ce que l’on doit mobiliser pour générer la puissance, ce ne sont pas les têtes de fémur, mais bien la flexion et la rotation fine du tronc. En sollicitant les abdominaux profonds, les obliques et les muscles spinaux, le karaté-santé protège le squelette tout en optimisant l’énergie.
En fin de compte, on ne peut s’empêcher de songer à la célèbre fable du Chêne et du Roseau. Là où la version originale et pragmatique d’Ésope nous conseille la souplesse pour survivre face à plus fort que soi, celle de Jean de La Fontaine nous met en garde contre l’orgueil des grands qui cause leur propre chute.
En karaté-santé comme dans la vie, la flexibilité et l’alignement conscient restent nos meilleures armes contre l’usure du temps; nous offrant ainsi la clé d’une pratique martiale capable de durer toute une vie.

Nos livres occupent parfois un présentoir spécial au sein des grandes librairies au Japon et notamment à Okinawa

Un de nos livres traitant de la physiologie du karaté

Extrait du livre : Corriger les mauvaises postures en mobilisant les fibres blanches du mouvement pour rééduquer les fibres posturales rouges. Cette activation rapide réveille le système nerveux pour un réalignement parfait du corps.

Un couple de choc! Adaniya Sensei et son épouse Chantal

De gauche à droite, Valérie Petit, Chantal, Daniel, Sensei, David Petit, Bruno Méal et Kévin Petit

Daniel Mardon; le Karateka-Thérapeute
Créateur de la méthode Aromapressure® et physiothérapeute également licencié aux U.S.A.; Daniel Mardon est né à Paris. Une de ses spécialités est l’enseignement et le traitement des lymphoedèmes ainsi que des dommages tissulaires et circulatoires consécutifs aux chirurgies et traitements par radiothérapie. Sa méthode est utilisée en collaboration avec des Instituts médicaux ainsi que des associations, pour des traitements pré et post-chirurgicaux. Il fut également physiothérapeute pour deux équipes de football à Paris. Dès 2005, il fut le producteur de Spas pour de grands hôtels Japonais, tout en œuvrant pour l’enseignement et l’éveil à un plus haut niveau sur les professions de santé. Auteur de plusieurs livres, une de ses publications majeures est “Physiothérapie et physiologie du travail du corps” (Editions BAB Japan), ainsi que des DVD comme “Daniel Mardon Aromapressure® Method ” (Pony Canyon). Daniel Mardon apparaît régulièrement dans des émissions de TV, radio ainsi que de nombreuses publications dans les médias.














