HOME > Feature Articles > 【L’esprit des Ryukyu】Édition spéciale (HIDEN Janvier 2026)「Okinawa, le berceau du karaté」

Interview/Textes: Daniel Mardon
Photographe/traductrice: Yuko Takahashi

Daniel Mardon, « Le Karatéka-Thérapeute »
Physiothérapeute et pratiquant d’arts martiaux de longue date, Daniel Sensei vit à Okinawa. L’une de ses passions est de trouver des Dojo uniques ayant une forte personnalité qui laissera une empreinte à jamais.
Avec son épouse Yuko Takahashi, qui est une grande historienne du Karaté, ils nous permettent de découvrir de nombreux aspects cachés du Karaté d’Okinawa…
Cette série d’articles propose d’explorer l’esprit originel du Karaté.
Aujourd’hui, le sujet est :
Okinawa, le berceau du karaté

Retour aux sources

Okinawa est reconnue comme étant l’endroit où tout a commencé pour le Karaté… Cet art martial s’est développé il y a des siècles sur les îles Ryūkyū grâce à la combinaison des méthodes de combat indigènes mêlées à des influences chinoises et d’Asie du Sud-Est.

Le Karaté a évolué dans des lieux comme Shuri, Naha et Tomari, donnant naissance à des styles majeurs tels que le Shorin-ryu (Shuri-Te), le Goju-ryu (Naha-Te), l’Uechi-ryu, ainsi que d’autres.

Bien que partageant une méthode basée sur des techniques de coups de poing et de pied, appelées Tsuki (突き) et Keri (蹴り), chaque école met l’accent sur des qualités particulières.

Le Shuri-Te et le Tomari-Te privilégient la vitesse et la souplesse, tandis que le Naha-Te se concentre sur la force physique.

L’Uechi-ryu, plus récent et d’origine chinoise, fait désormais partie des principaux styles du Karaté d’Okinawa.  Jusqu’à récemment, il était peu connu, sauf aux États-Unis où il a été introduit par les GI qui l’avaient appris à Okinawa. Ce Ryu (style) porte le nom de son fondateur, Uechi Kanbun, qui l’a développé à partir du Pangai-noon qu’il avait étudié lors de son séjour à Fujian, en Chine.
L’Uechi-Ryu partage avec le Goju-Ryu le concept similaire de « dureté et de souplesse ».  Il vise à endurcir le corps au maximum afin de développer une grande résistance. Il utilise également une grande variété de techniques de mains et de parties du corps pour créer des outils et des armes.
De nombreuses techniques à mains ouvertes sont utilisées pour percer plutôt que pour frapper, ce qui rend le kumite et le combat difficiles.
À l’origine, on parlait de « Nuki » et non de « Tsuki », ce qui en dit long sur l’efficacité…
(voir l’article précédent avec Shimabukuro Tsuneo Sensei)
https://budojapan.com/karate/dm13e

Mémorial de Kadena à Chōtoku Kyan Sensei surplombant la rivière Hijya, qui sépare Kadena et Yomitan.

Mémorial « Berceau du Karaté et du Kobujutsu » au Dojo ancien en plein air de Shuri du parc Sakiyama.

Statue en bronze de Uechi Kanbun Sensei dans le parc forestier de cerisiers à fleurs du mont Yae, près d’Izumi, son lieu de naissance.

Tomigusuku « Karate Kaikan » le Dojo extérieur de 565 m², sous le ciel bleu d’Okinawa et bercé par la brise marine.

Avec Moncef Sensei, champion du monde de Kobudo 2024, devant le « Shurei no yakata » (Dojo spécial) où se déroulent les examens de haut dan et les démonstrations.

“Karate no hi” (Journée du Karaté)

Cette période de l’année représente la haute-saison du Karaté et fait suite aux festivités religieuses et traditionnelles de la fin de l’été.  Ainsi, chaque année, la préfecture d’Okinawa rend hommage à son Karaté ancestral avec deux célébrations annuelles officielles. La première cérémonie, Hōnō enbu (cérémonie d’inauguration), a lieu impérativement le 25 Octobre.

L’accès y est restreint en raison du caractère solennel de cette commémoration. La mémoire des ancêtres fondateurs du Karaté est honorée par leurs descendants directs, qui siègent à la tête de chaque Ryu.   Cette année, cet événement sacré s’est déroulé au “Peace-Park”, situé à Itoman, à l’extrême sud de l’île.  Le choix de ce lieu, chargé d’émotion, visait à célébrer le 80e anniversaire du traité de paix d’après-guerre.
Malheureusement, l’âge avancé des dirigeants a empêché certains maîtres d’y assister ou d’y participer directement cette année.

La cérémonie a débuté par un dépôt de gerbes de fleurs et une minute de silence. Huit maîtres étaient présents et ont chacun présenté un Kata.  Deux groupes furent formés.  Le premier groupe comprenait les quatre présidents de quatre organisations de Karaté, dans l’ordre suivant :

-Nakazato Minoru (Okinawa Prefecture Karate-do Federation), Shorin-ryu, avec le kata « Kū Sankū Shō ».
-Ikemiyagi Masaaki (All Okinawa Karate-do Federation) Gōjū-ryu, avec le kata « Sepai ».
-Taira Yoshitaka (Okinawa Prefecture Karate-do Federation) Matsubayashi-ryu Tomari, avec le kata « Passai ».
-Kakazu Yoshimasa (Okinawa Karate and Kobudō Federation) Shorin-ryu, avec le kata « Unshū ».

Le second groupe était composé de quatre détenteurs de patrimoine culturel immatériel désignés par la préfecture :
-Kikukawa Masanari (Gōjū-ryu), avec le kata « Kururunfa ».
-Maeshiro Morinobu (Shorin-ryu) avec le kata « Matsumura no Passai ».
-Nakamoto Masahiro (Kobudo) avec le kata « Nicho Nunchaku ».
-Takara Shintoku (Uechi-ryu) avec le kata « Sansei-ryū ».

Le second événement, appelé « Kinen Enbu sai » (Festival de démonstration commémoratif), est beaucoup plus populaire et festif.  Ouvert à tous, il est désormais soumis, compte tenu de son succès international, à une réglementation assez stricte. Il a lieu le dernier dimanche d’Octobre et, ce dimanche 26, il occupe entièrement le « Miracle mile »; la Kokusai Dori (rue internationale de 1,6 kilomètres de long).

La cérémonie d’ouverture a débuté par un discours du gouverneur Tamaki, qui participe chaque année à l’événement, vêtu de son karaté-gi et de sa ceinture noire. Les katas Fukyu I, II et III ont été exécutés simultanément par environ 3 100 participants, suivis de démonstrations de groupe.  Chacun a présenté un kata. La cérémonie de clôture s’est déroulée par une prière pour la paix dans le monde, célébrée par l’assemblée avec 50 tsuki.

Pour cette Journée du Karaté 2025, le soleil n’était pas au rendez-vous, ce qui explique peut-être pourquoi certains évoquent encore le succès de l’année précédente… (Voir l’article ci-dessous)
https://budojapan.com/karate/dmspf02/

Cérémonie d’inauguration (Hōnō enbu) du “Peace-Park” d’Itoman. (Photo prise par mon ami Maestro Filippo Okinawa Jones).


Kinen enbusai (représentation commémorative) sur Kokusai Dori (2024)

Berceau spirituel du Karaté

Okinawa attire des pratiquants du monde entier tout au long de l’année.
Ils viennent pour s’y entraîner dans des Dojos authentiques, visiter des sites historiques (comme les tombeaux des maîtres ou le Karate Kaikan) et se reconnecter aux racines de cet art, y voyant un véritable pèlerinage.
Outre la Journée du Karaté en Octobre, c’est pendant les vacances scolaires que l’affluence touristique atteint son apogée, le Karaté étant devenu un sport très populaire chez les enfants.

Cette année, la présence de nombreux karatékas jusqu’à fin Novembre s’explique par la préparation et les inscriptions pour le “3e Championnat du Monde de Karaté d’Okinawa”, qui aura lieu l’été prochain. D’autres compétitions importantes, dans différents styles, se déroulent également, générant un afflux considérable de karatékas, d’entraîneurs, d’officiels et de fans.

Résidant à Okinawa depuis longtemps, je reçois quotidiennement des questions, principalement de karatékas français, qui me prennent souvent pour un guide touristique. Parmi eux, j’ai de vieux amis que je connais depuis des années, certains depuis les années 70, et il m’est difficile de leur refuser un coup de main.

En 2025, Yuko Takahashi et moi avons participé à des événements de Karaté à Okinawa avec plusieurs groupes, dont l’armée française et l’organisation Oshukai.  Cette fois-ci, nous avons accompagné l’association française de Karaté de Moncef Sensei (médaille d’or en “Sai”, aux derniers Championnats du monde de Kobudo traditionnel), pendant environ deux semaines.

Au cours des deux stages animés par Shimabukuro Tsuneo Sensei (président de la Fédération du Kobudo d’Okinawa et de la Fédération de karaté Uechi-ryu d’Okinawa), les participants ont appris des techniques très intéressantes propres à l’Uechi-ryu, telles que le mawashi uke à main-ouverte, les techniques d’attaque à partir du soette mawashi uke et l’utilisation des doigts, des poignets, des coudes et de nombreuses parties du corps comme armes redoutables.  Ils ont également appris la version complète de “Kanshiwa”, le kata qui constitue la base du Fukyu Kata III.

Lors du séminaire animé par Uema Takeshi Sensei (directeur du Dojo Kobayashi-ryu Shubukan Uema), les participants ont débuté par un entraînement de base, suivi d’une pratique collective et d’une démonstration des Katas Fukyu I, II et III, en guise de répétition générale pour la journée de Karaté du lendemain. 

Puis ce fut le séminaire de Tamaki Tatsuya Sensei (président du Maite Honbu-ryu Gassen Toride-kai), disciple du regretté Yagi Isao, expert du style Moidi Motobu-Ryu à Okinawa (voir l’article le “Karaté des Rois”: https://budojapan.com/karate/dm06e/). Les participants ont pratiqué à plusieurs reprises les techniques spéciales de marche ainsi que des techniques de coups de poing et de pied uniques. La démonstration de techniques d’armes, notamment avec deux sabres, par Tamaki Sensei a captivé l’attention de tous.

Le dernier jour, à la fin du stage de Shimabukuro Sensei, tous les participants ont pris part à une séance de physiothérapie avec ajustement des hanches et équilibrage musculaire.   Mon espoir est d’inciter les professeurs de Karaté à prendre davantage soin de leur corps et de celui de leurs élèves. Comme moi, de nombreux pratiquants de Karaté ont souffert de problèmes de hanches, de genoux, de dos, etc… et ont dû subir des opérations.  Nos problèmes articulaires et autres sont davantage dus à une mauvaise biomécanique qu’au simple vieillissement.
Apprendre à connaître et à entretenir correctement son corps est essentiel pour profiter pleinement du Karaté tout au long de sa vie.
J’espère contribuer à la pratique du Karaté que j’aime, en puisant dans cette perspective.

Moncef Sensei au « Bo-makiwara » lors d’un cours particulier au superbe Honbu-Dojo de Shimabukuro Tsuneo Sensei, sous le château médiéval de Katsuren.

Moncef et Tsuneo Sensei.

Renforcer le corps tout en corrigeant les techniques fait partie de la philosophie de l’Uechi-Ryu.

Zukeran Chōgō Sensei, principal assistant de Shimabukuro, corrigeant des détails.

« L’histoire nous l’explique »

En effet, j’ai beaucoup en commun avec les pratiquants réguliers qui reviennent une ou deux fois par an. Nombre d’entre eux ont à peu près mon âge et ont débuté par cette même réinterprétation du Karaté JKA.
Ce style long, linéaire, caractérisé par des déhanchements, a été exporté en Europe et en Amérique dans les années 1950 à 1970 et est devenu l’image standard du Shōtōkan.
La France appréciait particulièrement ce style, qui est encore largement enseigné aujourd’hui.

Les professeurs japonais qui ont joué le rôle de missionnaires étaient certes de jeunes karatékas impressionnants, mais rares étaient ceux qui, à cette époque, possédaient les connaissances et l’expérience nécessaires pour enseigner à des étrangers.

Le Karaté d’Okinawa a été transmis au Japon avec de nombreux malentendus, puis aux professeurs français, non sans quelques erreurs.  Dans les deux cas, la barrière de la langue et les différences culturelles ont été à l’origine d’une mauvaise communication.

Une autre théorie historique suggère qu’après la guerre, lorsque le Karaté fut systématisé dans les universités japonaises et que la JKA fut créée, de nombreux instructeurs (souvent issus du Jūdō ou du Kendō) commencèrent à confondre les parties anatomiques sur le modèle du Jūdō.  Ils voyaient mal que le Karaté est aussi un art “Gō”(dur), avec des postures rigides et explosives, mais sans besoin d’un déhanchement préalable, contrairement au “Jū”(souple) “Dō”(voie), qui utilise des techniques circulaires pour déséquilibrer l’adversaire.  

En Jūdō, les hanches sont le centre de rotation et servent aux projections.
Le “Koshi-waza” en est l’exemple typique qui prête à confusion.   Ce terme « Koshi » est erroné car, en anatomie précise, il désigne la partie du tronc située entre la cage thoracique et les hanches (le bassin).  Les hanches, qui sont fondamentales en Judo, appartiennent à une partie anatomique différente, nommée « Kotsuban » en japonais et représentent les côtés du bassin où sont connectés les fémurs…  

Dans le Karaté traditionnel, le mouvement provient de la taille (« Gamaku/Koshi ») qui entraîne une puissante rotation du tronc, et non de la hanche, cette dernière ne servant que de support avec la jambe arrière.
Dans le Shōtōkan qui me fut enseigné, ce sont le pied et la jambe arrière qui propulsent violemment la hanche vers l’avant, tandis que le tronc reste immobile…

Séance de thérapie après l’entraînement. Ajustement de l’articulation de la hanche et rééquilibrage musculaire.  

Avec Shimabukuro Sensei, Zukeran Chōgō et la petite-fille Saki, ses assistants.

Explication du « Gamaku »

Dans le Karaté traditionnel d’Okinawa, on nous demande d’engager le « Gamaku » pour se déplacer ou exécuter une technique.  Il peut être contracté ou relâché indépendamment des articulations des hanches. La puissance émane de l’intérieur (“Tanden”) et non pas de l’extérieur (hanches et jambes).
Higa Yuchoku Sensei (lire : https://budojapan.com/karate/dm11f/)  demandait de frapper avec des poings imaginaires que nous aurions de part et d’autre du nombril…

“Gamaku” est beaucoup plus difficile à utiliser depuis une position basse, et la forte pression exercée sur les hanches le rend moins efficace pour la rotation et le déplacement de la jambe arrière. Il en résulte alors une force de rotation moindre. C’est pourquoi le Karaté d’Okinawa privilégie des positions plus hautes.  L’inclinaison exagérée du bassin observée dans le Shōtōkan français/européen de style JKA est différente de la puissance du « Koshi/Gamaku » telle que l’entendaient les Maîtres Itosu, Funakoshi (période initiale), Motobu, Mabuni et la plupart des lignées d’Okinawa.
Une interprétation erronée moderne conduit à projeter violemment le bassin vers l’avant ou à balancer les hanches latéralement, croyant utiliser le “Koshi/Gamaku”.

Dans la pratique traditionnelle, le bassin lui-même bouge très peu.
Au lieu de cela, toute la région lombaire et abdominale se tord comme un bloc, tandis que les articulations des hanches restent relativement fermées et légèrement fléchies. C’est pourquoi les anciens maîtres pouvaient délivrer une puissance dévastatrice tout en paraissant presque immobiles de la taille jusqu’aux pieds.

Malgré la description claire (dans les textes traditionnels d’Okinawa et dans les ouvrages de Funakoshi Sensei), que « Gamaku » (en okinawaiien) ou « Koshi »腰(en japonais), désignent la région de la taille, les nouveaux karatékas perpétuèrent et répandirent cette erreur, faisant croire que « Koshi »腰 et « Kotsuban »骨盤(hanche) étaient synonymes.

La légende de la hanche était née et les démonstrations visuelles durent être exagérées pour faciliter la compréhension du mouvement par un large public.

Le « Gamaku » représente anatomiquement la région de la taille avec ses différents groupes musculaires (notamment les abdominaux, les obliques, les muscles lombaires et pelviens profonds) qui permettent les flexions, l’extension et les rotations du tronc comme un pivot au-dessus du bassin (tout en permettant également la bascule du bassin).
De nos jours, les entraîneurs sportifs l’appellent « le core ».

La meilleure façon d’expérimenter le « Gamaku » est de pratiquer des techniques de frappe et de blocage en position assise…

Les hanches (« Kotsuban » 骨盤) désignent la partie anatomique inférieure qui relie les jambes au tronc (via le bassin).
La hanche est principalement constituée par l’articulation coxofémorale, qui relie le bassin et le fémur.  Les hanches ont donc une fonction articulaire bien définie par rapport aux jambes, assurant mobilité, équilibre et stabilité. Elles permettent une grande amplitude de mouvement des jambes en flexion, extension, abduction, adduction et rotation.

Malheureusement, après toutes ces années, il est très difficile pour notre système nerveux d’oublier tout ce que nous avons appris et d’adopter les postures plus hautes, plus faciles et plus saines de la plupart des styles d’Okinawa… C’est désolant de découvrir qu’un meilleur Karaté existait !

J’ai le sentiment que certains karatékas plus âgés viennent à Okinawa en quête de vérité et peut-être d’un miracle. Je compare cela aux personnes qui se rendent à Lourdes, ville sainte de France.

Yuko Takahashi présente le groupe de Moncef à Tamaki Tatsuya « Kaicho » du  très ancien et secret “Moidi Motobu-Ryu”.

Le Moidi Motobu-Ryu possède des techniques à mains nues très particulières et un Kobudo riche, incluant d’impressionnantes techniques de double sabre.

Yuko explique à Moncef que le « Tuidi » (Torité) est également une composante essentielle de cet art martial.

Avec Tamaki Sensei et son assistant Yamashiro Kōji.

Daniel avec son ami Tamaki Tatsuya Kaicho.

La réalité sur les morphologies et la physique

Il est évident que la morphologie influence considérablement la biomécanique, car des caractéristiques physiques comme la taille, le poids, la longueur des membres et la composition corporelle ont un impact direct sur l’efficacité des mouvements, l’équilibre et la transmission des forces dans le corps.

Si la boxe et le kickboxing étaient amusants, très efficaces et relativement faciles pour ma morphologie, le karaté a toujours été éprouvant pour mes jambes.

Le karaté n’a pas été créé par des personnes aux longs membres et, par conséquent, il exige d’adopter une posture plus basse lorsqu’on a de longues jambes, afin de correspondre à l’image du karatéka. Plus on doit se baisser, plus c’est difficile.

Lorsque les membres sont longs, le corps doit générer plus de force pour bouger ou se stabiliser, car le couple requis au niveau des articulations (en particulier les hanches et le tronc) est plus important. Cela rend le maintien et le déplacement à partir de positions basses, plus délicat pour le tronc et les muscles environnants.

Les personnes de grande taille avec de longues jambes ont une plus grande distance à parcourir pour atteindre une position basse et il leur est plus difficile d’abaisser leur centre de gravité. Cela signifie qu’une plus grande amplitude de mouvement est nécessaire au niveau des articulations, et notamment des hanches.
C’est une raison de plus de confirmer que ce karaté ne me convenait pas.

Commencant à ressentir ce qu’est  Fukyu-gata d’un point de vue Shotokan.


Entraînement avec Uema Takeshi Sensei, sur les quatre courts du Dojo principal (1278 m²), au sol en pin rouge naturel. 

Moncef avec Uema Takeshi Sensei.

Rassemblement avec le groupe.

L’heure est venue pour un Karaté alternatif

Après la tendance à enseigner le Karaté aux très jeunes enfants (« Kindergarten Karate »), on observe aujourd’hui une forte volonté d’ouvrir le Karaté à tous, y compris aux personnes âgées, malades et handicapées.

Certains professeurs et thérapeutes proposent déjà depuis des années un Karaté modifié ou adapté aux personnes souffrant de limitations dues à l’âge, à la maladie ou au handicap. C’est la Fédération Française de Karaté, instance officielle et gouvernementale, qui a introduit le « Para-Karaté » auprès du public en 2012, lors des Championnats du Monde à Paris.

C’est une excellente décision qui pourrait également s’étendre à ceux et celles qui n’apprécient pas le Karaté traditionnel, le trouvant trop difficile ou trop complexe à apprendre.  Certaines personnes aimeraient apprendre le Karaté, mais souhaitent simplement pratiquer les “keri” et les “tsuki”.

Elles n’ont pas l’ambition de devenir des experts. Elles veulent simplement apprendre rapidement à se défendre et à progresser, et préfèrent un Dojo ainsi que revêtir un Karaté-gi à la pratique du Kickboxing.

Accueillons-les et ouvrons leurs nos portes !

Les responsables du Karaté doivent non seulement tolérer la coexistence du Karaté traditionnel ainsi que du Karaté sportif, mais aussi la création d’un Karaté simplifié.

Jusqu’à présent, nous avons forcé les pratiquants à se conformer à un modèle et à rentrer dans le moule en s’adaptant à des formes rigides, indépendamment de leur taille et de leur morphologie.
Même le kung-fu possède des formes adaptées aux personnes de grande taille, attribuées au nord de la Chine, ou aux personnes de plus petite taille, au sud.

Patrick McCarthy Sensei nous rend visite au Dojo “Tanren” après son cours juste à côté.

Moncef et Daniel avec le groupe de Patrick McCarthy.

Une attitude Karaté”, une arme à double tranchant pour l’ego ?

Le Karaté est encore principalement apprécié pour la prouesse et les qualités athlétiques de certains pratiquants.  Les jeunes, champions ou acteurs (comme Bruce Lee), restent la référence…

Malheureusement, cela fait des démonstrations et des compétitions le critère principal pour juger le niveau d’un karatéka.

On confond souvent beauté et efficacité, et il n’y a pas de place pour le pratiquant moyen ni de pitié pour les anciens champions. Ceci n’est pas cohérent avec l’idée répandue que le Karaté ne serait pas un sport ?  

C’est pourquoi certains anciens champions ou maîtres, ne veulent pas risquer d’être ridiculisés lors d’une démonstration et refusent souvent d’apparaître dans des vidéos.

En tant que thérapeute, je parle souvent de l’impact du Karaté sur le corps et la santé physique, mais j’aimerais aborder un sujet encore plus tabou : son impact sur la santé mentale.

Si le Karaté constitue souvent une arme à double tranchant pour l’ego, c’est parce que le cheminement exige une profonde humilité et une grande discipline, tandis que la progression peut facilement mener à la confiance excessive et à l’arrogance.

Les Occidentaux sont particulièrement exposés à ce défi, car leurs cultures n’enseignent pas l’humilité.
Nombre de professeurs poussent leurs élèves à la perfection et la victoire est primordiale dans nos cultures occidentales.

Nous, Occidentaux, avons inventé les Jeux olympiques, et la notion de sport est étroitement liée à l’ego.  À l’inverse, l’humilité est une composante essentielle et intégrante de la plupart des cultures asiatiques.

Les Senseis d’Okinawa souhaitent toujours que leurs élèves visiteurs rapportent chez eux le Karaté d’Okinawa, mais aussi l’esprit d’Okinawa.
“Reisetsu” est souvent mal traduit par “Respect”, qui lui se dit “Sonkei”.   “Reisetsu” est plus complexe car il fait référence aux bonnes manières ainsi qu’aux bons comportements issus d’un cœur pure…

Où que nous soyons et qui que nous soyons, les valeurs du Karaté ne doivent pas rester confinées au Dojo, mais imprégner notre quotidien, en privilégiant le développement du caractère plutôt que la simple maîtrise physique.

Quel bonheur que de s’entraîner à Okinawa !

La conclusion de Daniel:

Durant ces dernières semaines, avec mes amis et leurs groupes, nous allions parfois quotidiennement au « Karate Kaikan », un endroit très pratique construit en 2017.

Généralement, les karatékas étrangers (et surtout les Français) logent à Naha et ne louent pas de voiture… Au fil des ans, ils continuent de venir, mais toujours au même Dojo et dans le même hôtel.

La rumeur court qu’un Sensei serait furieux si l’on fréquentait d’autres Dojos… Si je connaissais un tel Sensei, je n’irais plus m’entraîner avec lui. Ce n’est pas dans l’esprit d’Okinawa.

Voici pourquoi je suis heureux de présenter à mes amis d’autres grands Senseis, peut-être moins médiatisés que certains, mais qui sont des figures respectées du Karaté. Certains ont un Dojo dans un endroit isolé, d’autres n’en ont plus.  C’est pourquoi le « Karate Kaikan » permet désormais aux maîtres de venir à vous dans une atmosphère unique, mais qui rappelle celle des Dojos/Gymnases du Karaté européen.

Cela ne satisfera peut-être pas ceux qui viennent pour la pure tradition, mais beaucoup apprécient la diversité des cours qui se déroulent simultanément. Cela nous a permis de rencontrer d’autres figures emblématiques du Karaté et d’avoir des échanges très amicaux avec des Senseis et leurs élèves venus du monde entier.
Un grand merci aux Maitres Shimabukuro Tsuneo, Uema Takeshi et Tamaki Tatsuya pour avoir bien voulu ouvrir leurs portes et accommoder l’emploi du temps de cette équipée française.


Daniel Mardon; le Karateka-Thérapeute

Créateur de la méthode Aromapressure® et physiothérapeute également licencié aux U.S.A.; Daniel Mardon est né à Paris.   Une de ses spécialités est l’enseignement et le traitement des lymphoedèmes ainsi que des dommages tissulaires et circulatoires consécutifs aux chirurgies et traitements par radiothérapie.  Sa méthode est utilisée en collaboration avec des Instituts médicaux ainsi que des associations, pour des traitements pré et post-chirurgicaux.     Il fut également physiothérapeute pour deux équipes de football à Paris.    Dès 2005, il fut le producteur de Spas pour de grands hôtels Japonais, tout en œuvrant pour l’enseignement et l’éveil à un plus haut niveau sur les professions de santé.   Auteur de plusieurs livres, une de ses publications majeures est “Physiothérapie et physiologie du travail du corps” (Editions BAB Japan), ainsi que des DVD comme “Daniel Mardon Aromapressure® Method ” (Pony Canyon).   Daniel Mardon apparaît régulièrement dans des émissions de TV, radio ainsi que de nombreuses publications dans les médias.

『身体療法の生理学とボディワーク』(The Physiology of Somatic Therapy and Bodywork)
Co-écrit par Daniel Mardon et Yuko Takahashi En vente à présent sur le site BAB Japan!

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